Les dividendes semblent souvent perçus comme une rémunération légère sur le plan social. Jusqu’à un certain seuil, c’est vrai. Au-delà, l’URSSAF entre en scène et le taux grimpe brutalement. Ce seuil, c’est 10 % du capital social.
La règle des 10 % : pourquoi ce seuil existe

Le Code de la Sécurité sociale (article L136-3) pose le principe suivant : la fraction des dividendes perçue par un dirigeant TNS qui dépasse 10 % du capital social est assujettie aux cotisations sociales des travailleurs non-salariés. L’État considère qu’au-delà de ce seuil, les dividendes ne rémunèrent plus simplement un investissement en capital, mais constituent une rémunération déguisée de l’activité professionnelle.
Ce mécanisme a été instauré en 2013 pour éviter que des dirigeants contournent les charges sociales en se versant des dividendes à la place d’un salaire. Une telle pratique peut déclencher un contrôle URSSAF ciblé sur la rémunération des dirigeants.
Qui est concerné par cette règle ?
Cette règle vise exclusivement les dirigeants relevant du régime TNS (travailleur non-salarié). Sont concernés :
- les gérants majoritaires de SARL et de SELARL ;
- les associés uniques d’EURL ;
- les associés de SNC ;
- les entrepreneurs individuels ayant opté pour l’IS.
Les dirigeants assimilés salariés (présidents de SAS, gérants minoritaires de SARL) y échappent entièrement. Leurs dividendes restent soumis aux seuls prélèvements sociaux de 17,2 %, quel que soit le montant distribué.
Comment calculer la base des 10 % ?
Le seuil ne se calcule pas sur le seul capital social inscrit aux statuts. La base retenue est plus large :
Capital social + primes d’émission + solde moyen annuel des comptes courants d’associés
Cette base intègre également les éléments détenus par le conjoint ou partenaire pacsé et les enfants mineurs non émancipés du dirigeant. Le capital social est apprécié au dernier jour de l’exercice précédant la distribution.
Les réserves ne sont pas incluses, sauf décision d’incorporation votée en assemblée générale.
Exemple concret : un gérant détient 80 % d’une SARL au capital de 40 000 €. Son épouse en détient les 20 % restants. Ils ont chacun un compte courant (15 000 € et 8 000 €). La base de calcul atteint 63 000 €, et le seuil des 10 % s’établit à 6 300 €. Tout dividende versé au-delà de cette somme bascule dans le régime des cotisations sociales.
Quel taux s’applique au-delà du seuil ?

La différence de traitement entre les deux tranches est considérable :
| Tranche | Régime | Taux |
|---|---|---|
| Dividendes ≤ 10 % du capital social | Prélèvements sociaux | 17,2 % |
| Dividendes > 10 % du capital social | Cotisations sociales TNS | ~45 % |
La fraction excédentaire supporte environ 28 % de cotisations TNS (maladie, allocations familiales, vieillesse), auxquels s’ajoutent 9,7 % de CSG-CRDS sur revenus d’activité et des cotisations complémentaires variables.
Un euro de dividende au-dessus du seuil coûte deux fois et demie plus cher en charges sociales qu’un euro en dessous.
Ces cotisations incombent personnellement au dirigeant. La société peut les prendre en charge si les statuts ou l’assemblée générale le prévoient : elles deviennent alors déductibles du résultat imposable, mais constituent un avantage en nature taxable pour le dirigeant.
Deux leviers pour limiter l’impact

Anticiper ce seuil plutôt que le subir est la démarche la plus rationnelle.
Augmenter le capital social relève mécaniquement le plafond des 10 %. Incorporer des réserves ou injecter de nouveaux fonds en capital repousse le seuil à partir duquel les cotisations s’appliquent. Cette opération nécessite une assemblée générale extraordinaire.
Rééquilibrer le ratio salaire/dividendes est l’autre approche. Augmenter la rémunération réduit le bénéfice distribuable, donc la fraction susceptible de dépasser le seuil. Ce choix améliore par ailleurs l’assiette des droits sociaux (retraite, indemnités journalières).
En revanche, distribuer des dividendes excessifs avec une rémunération symbolique pour contourner les charges expose à une requalification en abus de droit, avec des majorations pouvant atteindre 40 % à 80 % du redressement.







