E.Leclerc est le premier distributeur français en parts de marché. Ce poids économique s’accompagne d’une question de fond : comment une enseigne qui a bâti son identité sur les prix bas intègre-t-elle les enjeux de responsabilité sociétale et environnementale ? La réponse, construite depuis plusieurs années, prend aujourd’hui la forme d’une stratégie RSE structurée autour de quatre chantiers prioritaires et d’un objectif climatique précis.
Quatre chantiers pour structurer la démarche RSE de Leclerc
Le Mouvement E.Leclerc a choisi de concentrer ses efforts RSE sur quatre axes concrets, rendus publics sur son site dédié. L’approche n’est pas celle d’un grand rapport annuel abstrait, mais d’une communication par chantiers, pensée pour montrer des actions tangibles.
Anti-gaspillage et réduction du plastique
La lutte contre le gaspillage alimentaire figure parmi les priorités affichées. Plus de 700 drives du réseau proposent désormais des rayons « antigaspi » avec des produits à date courte, accessibles à prix réduit. Sur le même drive, 51 % des commandes sont livrées sans sacs, ce qui représente une réduction de 50 tonnes d’emballages par an selon les chiffres communiqués par la directrice RSE du Galec, Sandrine Mercier.
Sur le plastique, l’enseigne travaille à réduire l’impact environnemental de ses emballages, notamment via ses marques distributeurs. Le programme CSR Alliance, fondé sur l’évaluation EcoVadis, exige désormais de l’ensemble des fournisseurs MDD non alimentaires qu’ils respectent des seuils responsables planifiés : textile, équipement maison, jardinage, bricolage.
Énergie : sobriété et renouvelables
L’enseigne s’est engagée sur la transition énergétique depuis ses magasins et sa logistique. Sur la flotte de transport, 42 % des camions des coopératives régionales roulent au HVO100, un biocarburant issu de déchets organiques permettant de réduire les émissions de 90 % par rapport au diesel. Un déploiement progressif vise à couvrir 100 % des outils logistiques du Mouvement.
Côté stations-service, 4,5 millions de pleins de Superéthanol E85 ont été réalisés en 2024 par les clients E.Leclerc, un carburant jusqu’à 50 % moins cher que l’essence et réduisant les émissions de 50 %.
Une stratégie climatique chiffrée : -50% de GES d’ici 2035
En avril 2025, E.Leclerc a publié une évaluation complète de son empreinte carbone : 73,6 millions de tonnes de CO₂ en 2023, issues principalement des carburants vendus, des produits alimentaires et non alimentaires. L’objectif est de réduire de 50 % ces émissions entre 2023 et 2035, dans une trajectoire alignée avec les Accords de Paris.
Pour guider les consommateurs, l’enseigne a lancé Carbon’Info, un indicateur d’impact carbone disponible sur son site et son drive, couvrant plus de 6 000 produits MDD alimentaires. L’outil s’appuie sur la méthodologie AGRIBALYSE de l’ADEME et mesure les émissions sur six étapes du cycle de vie du produit. Selon un sondage Viavoice de mars 2025, 66 % des Français se disent favorables à ce type d’indicateur.
La stratégie digitale participe aussi à cet effort : le click & collect permet de réduire les émissions de 33 tonnes de CO₂ par rapport à un transport depuis un entrepôt national, selon Sandrine Mercier.
La RSE Leclerc s’étend à toute la chaîne
La démarche RSE de l’enseigne ne s’arrête pas aux portes des magasins. Côté fournisseurs, E.Leclerc travaille avec 2 000 marques nationales. Parmi elles, 250 concentrent 73 % des émissions de gaz à effet de serre. Un plan d’action lancé en 2024 vise à obtenir des engagements concrets de réduction de la part du Top 250, avec un suivi annuel réalisé par les équipes commerciales.
SIPLEC, la centrale d’achat des MDD, illustre cette profondeur de champ. L’incorporation de biocarburants remonte à 1994. L’exclusion des essences de bois menacées, l’élimination des fourrures et de l’angora dans les textiles, ou encore la certification AMFORI BSCI pour l’audit des fournisseurs à risque depuis 2012 : la démarche s’est construite sur le long terme, bien avant que la RSE devienne un sujet grand public.
Solidarité et dimension sociale : l’autre volet de la RSE Leclerc ?
La RSE d’E.Leclerc ne se limite pas à l’environnement. Le volet social s’organise autour de la notion d’accessibilité (fil conducteur historique de l’enseigne). La solidarité figure comme quatrième chantier prioritaire : actions locales de lutte contre la précarité, don alimentaire, engagement des magasins au niveau territorial.
Chez SIPLEC, le programme « PaQte E.Leclerc » accueille chaque année des collégiens issus de zones d’éducation prioritaire pour une immersion en entreprise. La participation à la SEEPH (Semaine pour l’Emploi des Personnes Handicapées) et des plans de sensibilisation internes complètent un engagement qui, sur le terrain, se traduit par des pratiques concrètes.
Michel-Edouard Leclerc résume la philosophie de la démarche : « L’économie de demain doit rester accessible à tous les consommateurs. À tous les citoyens. » Ce positionnement (durabilité sans renoncement au pouvoir d’achat) est le vrai pari de la RSE Leclerc. Un équilibre difficile à tenir, mais qui donne une cohérence à l’ensemble des engagements pris.







