La RSE progresse dans les discours. Elle avance moins vite dans les faits. Beaucoup d’entreprises affichent des engagements sans disposer d’actions précises derrière. Or c’est bien la nature des actions mises en place — et leur capacité à être mesurées — qui distingue une politique RSE crédible d’une simple communication.
Cet article présente des exemples d’actions RSE en entreprise classés par grandes familles : environnement, bien-être des collaborateurs, impact sociétal. Pour chacune, des cas réels et des chiffres.
Des actions RSE pour l’environnement : réduire, réparer, mesurer
Le bilan carbone, point de départ incontournable
On ne réduit pas ce qu’on ne mesure pas. C’est le principe que rappelle Virginie Gatin, directrice RSE du groupe Legrand : avant de définir un plan d’action climatique, l’entreprise doit connaître ses émissions sur les trois scopes du bilan carbone — consommations directes sur site (scope 1), énergie achetée (scope 2) et émissions indirectes liées à la chaîne de valeur (scope 3).
Cette cartographie permet d’identifier les postes prioritaires et de fixer des objectifs réalistes. Chez Legrand, cela s’est traduit par une politique systématique de prolongation de la durée de vie des équipements industriels : quand une machine arrive en fin de vie, elle est réparée ou remplacée par un modèle moins énergivore plutôt que rachetée à l’identique.
Des logiciels accessibles aux PME permettent aujourd’hui de réaliser ce calcul sans recourir à un cabinet spécialisé. C’est souvent la première action RSE à poser avant toute autre, quelle que soit la taille de l’entreprise.
Mobilité douce et zéro déchet au quotidien
Le transport représente l’un des principaux postes d’émissions pour la plupart des organisations. Selon l’ADEME, 30 % des émissions liées aux déplacements professionnels peuvent être évitées grâce au télétravail. Capgemini a réduit ses émissions de 15 % en déployant le travail à distance partiel.
Pour aller plus loin, plusieurs entreprises prennent en charge tout ou partie d’un abonnement de location de vélo pour leurs salariés. D’autres ont mis en place des primes à la mobilité douce : une aide financière pour l’achat d’un vélo ou d’une trottinette.
Sur le terrain du zéro déchet, les gestes les plus simples restent souvent les plus visibles. Supprimer les gobelets en plastique au profit de mugs réutilisables aux couleurs de l’entreprise, mettre en place un composteur pour les déchets du restaurant d’entreprise, ou encore éliminer le plastique à usage unique dans les emballages — c’est l’objectif que Legrand s’est fixé pour ses emballages produits. Ces actions coûtent peu, elles signalent une intention claire.
Des actions RSE pour les collaborateurs : bien-être et inclusion
La dimension sociale de la RSE est souvent la première à être mobilisée en interne. Elle touche directement le quotidien des équipes et génère des effets mesurables sur l’engagement et l’absentéisme.
L’égalité femmes-hommes reste l’un des axes les plus structurants. Chez Legrand, les objectifs sont chiffrés et suivis : 30 % de femmes à des postes de manager en 2024, avec une cible d’un tiers des postes de management clés occupés par des femmes d’ici 2030. Pour que ces engagements ne restent pas des déclarations, 20 % du bonus des dirigeants des entités à l’étranger est indexé sur la réalisation de cette feuille de route RSE. Ce mécanisme de pilotage par l’incitation financière est l’un des leviers les plus efficaces pour faire descendre les objectifs RSE au niveau opérationnel.
Le droit à la déconnexion constitue un autre axe majeur, surtout depuis la généralisation du télétravail. Former les managers à ce droit, formaliser les engagements dans une charte, ou encore instaurer des plages horaires sans envoi d’e-mails : ces mesures améliorent l’équilibre vie professionnelle et personnelle sans engager de budget important.
L’aménagement des espaces de travail participe également à la qualité de vie au travail. Des espaces ergonomiques, bien éclairés, avec des zones de détente contribuent à réduire l’absentéisme. Google et HubSpot ont montré que des environnements de travail variés et adaptés peuvent faire reculer le taux d’absentéisme de 10 %.
Des actions RSE à impact sociétal : ancrage local et mécénat

La RSE ne se limite pas à l’interne. Elle engage aussi l’entreprise dans son écosystème : fournisseurs, communautés locales, associations.
Le mécénat de compétences est l’une des formes d’engagement les plus valorisantes pour les collaborateurs. Sur la base du volontariat, des salariés mettent leur expertise au service d’une association — aide à la comptabilité, communication, juridique. L’impact est double : pour l’association qui bénéficie de compétences qu’elle ne pourrait pas financer, et pour le salarié qui développe son sentiment d’utilité.
La politique d’achats responsables est un autre levier puissant. En France, 62 % des PME déclarent désormais privilégier des fournisseurs locaux pour réduire leur empreinte carbone et soutenir l’économie régionale. Choisir des partenaires proches géographiquement, évaluer leurs pratiques sociales et environnementales lors des appels d’offres, intégrer des critères RSE dans les contrats : ces pratiques transforment la chaîne d’achat en vecteur d’impact.
Des marques comme La Ruche qui dit Oui ont bâti leur modèle entier sur ce principe, en travaillant exclusivement avec des producteurs locaux. D’autres entreprises l’intègrent progressivement, en commençant par un ou deux postes d’achats.
Comment mesurer l’efficacité de ses actions RSE ?
Une action RSE sans indicateur reste une intention. La mesure est ce qui lui donne de la crédibilité (en interne comme vis-à-vis des parties prenantes).
Les objectifs gagnent à être formulés de façon précise et quantifiée. Par exemple : réduire de 20 % la consommation de papier sur douze mois, atteindre 50 % de produits locaux dans les achats alimentaires, former 100 % des managers au droit à la déconnexion d’ici fin d’année. Ces formulations permettent un suivi régulier et évitent que la RSE reste cantonnée à un rapport annuel.
Les indicateurs les plus utiles sont souvent les plus simples : nombre de mugs distribués, volume de déchets recyclés, nombre d’heures de mécénat de compétences réalisées, part de fournisseurs locaux dans les achats totaux. Ils rendent la démarche tangible pour les équipes et alimentent le reporting.
La Fresque du Climat, atelier collaboratif de sensibilisation au dérèglement climatique, est souvent citée comme un point d’entrée efficace. Elle permet aux collaborateurs de comprendre les liens entre leurs activités quotidiennes et les enjeux climatiques globaux — sans jargon, avec un format accessible à tous les niveaux hiérarchiques.
Enfin, l’efficacité d’une politique RSE repose largement sur son portage interne. Nommer un responsable RSE dédié, et former des ambassadeurs dans chaque département, garantit que les actions ne restent pas confinées à un service. C’est cette diffusion dans l’ensemble de l’organisation qui fait la différence entre une RSE de façade et une transformation culturelle réelle.







