À une trentaine de kilomètres au nord de Lyon, dans le paysage d’étangs et de bocages typique de la Dombes, une entreprise échappe au modèle des grands fournisseurs nationaux. RSE, pour Régie Services Énergie, distribue l’électricité à 18 communes de l’Ain depuis le siège situé au 577 route de Saint-Trivier, à Ambérieux-en-Dombes. Fondée en 1924, elle illustre un modèle français méconnu : celui des entreprises locales de distribution, ces régies qui ont conservé leur autonomie après la nationalisation de 1946.
Une régie née au cœur de la Dombes
L’histoire de RSE remonte à l’entre-deux-guerres, à l’époque où chaque village voyait dans l’électricité une promesse de modernité. Plutôt que de confier le réseau à une compagnie privée extérieure, la commune d’Ambérieux-en-Dombes a fait le choix de la régie municipale. Ce statut, hérité d’une logique de service public local, a survécu aux grandes recompositions du secteur énergétique français.
Aujourd’hui RSE compte entre dix et dix-neuf salariés selon les dernières données publiques, un effectif modeste qui pèse pourtant sur un territoire bien réel : dix-huit communes dombistes, des particuliers, des professionnels, des collectivités et même des producteurs d’énergie raccordés au réseau. La structure cumule deux casquettes rares dans le paysage français, celle de gestionnaire de réseau de distribution et celle de fournisseur d’électricité, ce que les grands acteurs nationaux ont dû séparer depuis l’ouverture du marché.
Que fait au juste RSE 01 sur son territoire ?

Le métier se décline en plusieurs activités complémentaires. La régie exploite et entretient les lignes basse et moyenne tension qui irriguent la Dombes, depuis les postes de transformation jusqu’au compteur installé dans chaque foyer. Elle gère aussi les raccordements neufs, qu’il s’agisse d’une maison individuelle, d’un atelier artisanal ou d’une installation photovoltaïque destinée à injecter sa production sur le réseau.
L’autre versant du métier reste la fourniture. RSE propose à ses clients particuliers les tarifs réglementés de vente, dont les options Tempo et EJP qui modulent le prix selon les jours et les heures et plus récemment une offre de marché baptisée Idée Ain Élec Premium. Les services se sont aussi numérisés : portail client en ligne, simulateur de consommation, dépannage joignable 24 heures sur 24 au numéro unique de l’agence.
Sur le terrain, le périmètre couvre des communes comme Ambérieux-en-Dombes bien sûr, mais aussi les villages voisins qui partagent la même histoire de régie intercommunale. Cette taille humaine se traduit par un accueil physique aux horaires classiques, du lundi au vendredi de 8 heures à 12 heures puis de 14 heures à 17 heures, là où les opérateurs nationaux ont fermé la plupart de leurs guichets.
Pourquoi ce modèle local séduit-il encore aujourd’hui ?
Les entreprises locales de distribution représentent à peine 5 % du territoire français en termes de clients, mais elles incarnent une alternative qui retrouve de l’écho. Trois arguments reviennent souvent dans la communication de RSE et dans les retours des abonnés.
- La proximité décisionnelle, qui permet de joindre un interlocuteur identifié plutôt qu’un centre d’appel délocalisé.
- La réactivité sur le terrain lors d’incidents climatiques, fréquents dans une zone d’étangs où les chutes d’arbres sur les lignes ne sont pas rares.
- Une gouvernance ancrée localement, qui rend des comptes aux élus et aux usagers du territoire plutôt qu’à des actionnaires éloignés.
La proximité pour la distribution et la fourniture de l’électricité.
Cette signature affichée par la régie résume une philosophie revendiquée. Elle se vérifie dans des détails concrets : trois labels de garantie mis en avant en 2025 sur la transparence des offres, des campagnes de prévention contre les escroqueries téléphoniques visant les abonnés, ou encore des contenus pédagogiques relayant les vingt solutions de l’Ademe pour réduire sa consommation.
Une entreprise ancrée dans la transition énergétique

La régie a élargi ses missions aux nouveaux usages de l’électricité. Côté production, RSE accompagne les producteurs locaux d’énergie renouvelable, notamment les particuliers et exploitants agricoles équipés de panneaux solaires, en assurant le raccordement et le rachat de l’électricité injectée. Côté maîtrise de la demande, elle relaie les outils nationaux comme Tempo et publie un simulateur permettant de comparer les usages d’un logement.
Le secteur évolue vite, entre flambées tarifaires, déploiement des énergies renouvelables et tension sur les réseaux. Pour une régie centenaire, l’enjeu consiste à conserver l’esprit de service public hérité de 1924 tout en intégrant les obligations de la Commission de régulation de l’énergie, dont les délibérations encadrent désormais le moindre catalogue de prestations. À l’échelle de la Dombes, ce dialogue permanent entre tradition coopérative et modernisation technique fait de RSE un cas d’école pour qui s’intéresse aux modèles d’entreprise vraiment ancrés dans leur territoire.







